GALAXIE

série de 4 recueils de nouvelles

Après avoir écrit de la poésie, Monique Guetta propose une série de quatre livres en prose: GALAXIE
Galaxie 1 rassemble des textes sur l’enfance,
Galaxie 2 évoque l’amour,
Galaxie 3 la fin de vie,
Galaxie 4 l’homme dans la nature.
On retrouve dans ces textes le même refus et la conviction que l’art permet à Eros de vaincre Thanatos.

Prix de vente: 10 euros le livre.
Contact: monique.guetta@gmail.com

EXPO UNDERGROUND

Venez voir mon travail ce week end, de toute façon, la pointe St Gildas est MAGNIFIQUE!
L’originalité de cette exposition, est le mélange des genres, la convivialité et le plaisir.

Jardin

Ma tâche consiste à essayer de peindre avec mes lettres les touches subtiles du jardin. Il est petit mais il me semble énorme. Sans doute est-ce dû au chêne qui paraît immense tant ses branches sont chargées de feuilles innombrables. Ombre et lumière changent les couleurs et la même feuille passe du presque noir au vert puis au jaune éclatant. Est-ce que les rayons du soleil s’amusent à ce jeu ? Sous l’arbre c’est la forêt vierge. Un gigantesque palmier dépasse le tronc du chêne tandis que canas, hortensias et fuchsias se mélangent gaiement au jaune du millepertuis.

Le lilas abrite un groseillier, une clématite s’appuie contre la maison des oiseaux tandis qu’un jeune érable japonais frissonne au moindre vent.

Un couple de pigeons roucoule dans les branches. À l’ombre du chêne, une structure en bois exotique soutient un hamac frangé dont les couleurs vives se délavent l’été venu. Le mur du fond est fait de deux parties. Le bas est superbe fait de pierres jointoyées de terre dans laquelle poussent toutes sortes de végétations. Le haut est affreux ; un béton sale qui attend d’être décoré. J’y verrais bien une grande fresque d’animaux.

Collée au mur, une petite table avec un fauteuil attend une visite.

Prolongeant le séjour, la terrasse abritée par un vieux parasol offre table et chaises. J’y dépose mes céramiques, j’y bois le café et je m’y installe pour écrire avec comme fond sonore les Chants d’oiseaux. À droite un grand chalet en bois abrite mes poteries. Sous son auvent, un matelas couvert d’un tissu rouge est le refuge de Flo et Oly, mes deux chihuahuas.

En fait ce merveilleux silence du jardin où je passe mes vacances est très musical.

Rythme de la mer, souffle du vent, percussions des branches, cuivres des chants d’oiseaux.

Sans doute beaucoup de bémols car j’y suis très sensible. Ici tout est caresse pour les sens.

À commencer par la peau sur laquelle glisse un air frais, l’oreille est comblée, l’œil ne finit pas de s’ajuster au miroir de lumière et l’odorat s’enivre des parfums de roses et d’achillées. Même le bougainvillier s’essaye à des effluves.

Sur la table mes oiseaux de céramique voudraient répondre au merle. Voilà trois pages d’amour de ce jardin auquel j’appartiens chaque jour davantage.

Mon périmètre de vie est de plus en plus restreint, mes mouvements rétrécissent mais dans ce silence je rentre au plus profond de moi et je dis merci. Merci à cet arbre qui me donne la fraîcheur, merci à ce merle qui m’offre un concerto. Peut-être suis-je l’arbre, peut-être le merle et ce grand océan donc tout dépend ici.

Je vais mourir et ça n’a pas d’importance, les feuilles qui se détachent de la branche n’en sont pas affectées.

Billet d’humeur

Tout ça.

Depuis des années je n’écris pas « la vérité ». Pourquoi ?

Je ne la dis pas non plus. Le vrai, le cru, le pas digéré. Ce terrible qui doit être tu, sinon le jeu social ne fonctionne plus. Est-ce vulgaire ? Grossier ? Impudique ? Ça ne se fait pas. On ne lave pas son linge sale en public.

Dès le départ, je n’ai pas dit. Pour ne pas faire de peine aux parents et puis pour ne pas faire de peine aux enfants. Tout ce décalage entre l’accepté qui court de bouche-à-oreille de la plume aux lecteurs et le caché, le non-dit qui fait désordre !

Et puis à quoi ça sert de parler de « tout ça » ? Moi j’ai envie de parler de « tout ça ». Mon désaccord avec le « comme tout le monde » et « la vie elle t’apprendra » ça me gonfle.

Et puis il y a aussi la raison économique comment gagner sa vie en parlant de « tout ça ».

On fait semblant. J’ai fait semblant. Semblant d’être d’accord. Il y a tant à dire que je ne sais pas où commencer.

Je vais attaquer par le vieillir. Je vais raconter le désir et la masturbation. J’ai lu des romans dans lesquelles de vieux messieurs ont une libido mais je n’ai pas lu de femmes de vieilles femmes parlant de leur cul. Comme si une fois la ménopause arrivée le cul n’existait plus. « Non, je t’assure, me disent beaucoup d’octogénaires, moi ça ne m’intéresse plus ». Quant aux plus yogis d’entre-elles, elles se préparent activement à coup de méditation à laisser leur corps.

Moi j’ai toujours aimé les orgasmes et ça continue. J’apprécie ce signe de bonne santé.

Pourquoi tout ce qui relève du féminin est-il si peu abordé ?

Les règles concernent la moitié du genre humain, peu en rendent compte.

On fait « Comme si ».

« Tout ça » dit à la petite fille qu’un jour elle sera une femme, elle pourra avoir un enfant, elle aura ses règles ! Parfois tout ça ne dit rien du tout. Sinon que c’est normal. L’autre moitié de l’humanité domine celles qui saignent. Partout ils ont un meilleur salaire et occupent des postes plus intéressants. Et alors ? Et bien ça me dérange.

Ce statut d’esclave qui fait plus d’heures de ménage, qui s’occupe des enfants est tellement puissant que les femmes elles-mêmes le revendiquent et font de leur fils de futurs « chefs » de famille.

Pendant ce temps des femmes meurent d’excision ou de coups.

« Tout ça » répond « n’exagérons rien, on sait que mine de rien c’est la femme qui décide». Tous ces faux-semblants sont dégoûtants. Jeux de pouvoirs et séduction. Femme-objet et qui le revendique, fière de trôner nue pour afficher une voiture de luxe. Que des femmes nues, pas de pub d’homme à poil.

Mais je reviens à la pauvre enfant qui doit être fière d’être réglée, sorte de rite de passage qui peut même donner lieu à des fêtes. Perdre du sang n’est pas un cadeau, les règles peuvent être douloureuses, abondantes, c’est le métronome du corps féminin.

Le sang ça poisse, ça fait des taches, ça pue. Toutes les protections ont un inconvénient. Les règles c’est carrément dégueu très loin du discours exaltant du « tu seras une femme ma fille ».

Et la jouissance ? « Tout ça » ne parle pas du clitoris.

Le discours freudien n’a certes pas fait progresser la cause des femmes.

Tout pour le bonheur d’être mère. Et si on n’a pas envie d’avoir un étranger qui loge dans votre vente et vous vampirise ? Ça peut arriver qu’on n’ait pas envie ! Et alors des fous furieux s’enchaînent aux salles d’opération pour empêcher les avortements. Mais qu’on foute la paix à celles qui ne veulent pas d’enfants.

Ensuite vient la médicalisation de la grossesse. La femme ne s’appartient plus. Elle sera hospitalisée pour son bien. Et tout fonctionne comme ça dans un système qui broie toute velléité de singularité.

Pas de place pour la marginalité. Ou tu es dans le système ou tu es « pauvre » puisque sans-domicile-fixe n’est même plus possible.

Que faire dans un monde où on est passible de prison si on aide un migrant alors que l’État semble bien lisse, bien propre sur lui ? Enfin « tout ça » a bonne conscience ; on ne peut plus donner de fessée aux enfants.