EXPO UNDERGROUND

Venez voir mon travail ce week end, de toute façon, la pointe St Gildas est MAGNIFIQUE!
L’originalité de cette exposition, est le mélange des genres, la convivialité et le plaisir.

Jardin

Ma tâche consiste à essayer de peindre avec mes lettres les touches subtiles du jardin. Il est petit mais il me semble énorme. Sans doute est-ce dû au chêne qui paraît immense tant ses branches sont chargées de feuilles innombrables. Ombre et lumière changent les couleurs et la même feuille passe du presque noir au vert puis au jaune éclatant. Est-ce que les rayons du soleil s’amusent à ce jeu ? Sous l’arbre c’est la forêt vierge. Un gigantesque palmier dépasse le tronc du chêne tandis que canas, hortensias et fuchsias se mélangent gaiement au jaune du millepertuis.

Le lilas abrite un groseillier, une clématite s’appuie contre la maison des oiseaux tandis qu’un jeune érable japonais frissonne au moindre vent.

Un couple de pigeons roucoule dans les branches. À l’ombre du chêne, une structure en bois exotique soutient un hamac frangé dont les couleurs vives se délavent l’été venu. Le mur du fond est fait de deux parties. Le bas est superbe fait de pierres jointoyées de terre dans laquelle poussent toutes sortes de végétations. Le haut est affreux ; un béton sale qui attend d’être décoré. J’y verrais bien une grande fresque d’animaux.

Collée au mur, une petite table avec un fauteuil attend une visite.

Prolongeant le séjour, la terrasse abritée par un vieux parasol offre table et chaises. J’y dépose mes céramiques, j’y bois le café et je m’y installe pour écrire avec comme fond sonore les Chants d’oiseaux. À droite un grand chalet en bois abrite mes poteries. Sous son auvent, un matelas couvert d’un tissu rouge est le refuge de Flo et Oly, mes deux chihuahuas.

En fait ce merveilleux silence du jardin où je passe mes vacances est très musical.

Rythme de la mer, souffle du vent, percussions des branches, cuivres des chants d’oiseaux.

Sans doute beaucoup de bémols car j’y suis très sensible. Ici tout est caresse pour les sens.

À commencer par la peau sur laquelle glisse un air frais, l’oreille est comblée, l’œil ne finit pas de s’ajuster au miroir de lumière et l’odorat s’enivre des parfums de roses et d’achillées. Même le bougainvillier s’essaye à des effluves.

Sur la table mes oiseaux de céramique voudraient répondre au merle. Voilà trois pages d’amour de ce jardin auquel j’appartiens chaque jour davantage.

Mon périmètre de vie est de plus en plus restreint, mes mouvements rétrécissent mais dans ce silence je rentre au plus profond de moi et je dis merci. Merci à cet arbre qui me donne la fraîcheur, merci à ce merle qui m’offre un concerto. Peut-être suis-je l’arbre, peut-être le merle et ce grand océan donc tout dépend ici.

Je vais mourir et ça n’a pas d’importance, les feuilles qui se détachent de la branche n’en sont pas affectées.

Elan d’un univers qui n’en finit pas de gémir

Et de fleurir de joie

Terre battue éventrée érodée

Terre incendiée labourée aimée

Terre pleine d’ossements de trésors oubliés

Notre nourrice notre linceul

Surgi de nulle part

Bâti de boue et d’étoiles

Le poème touche le ciel

La mer devient montagne

La montagne se fait mer

Creux sommets vagues et vallées se confondent

Correspondance des forces telluriques

Traces du chaos créateur

poemes

Terre animée d’eau et de rochers

Tu te creuses tu t’érodes

Tu plisses tes millénaires

En plaques successives

Tu t’offres aux étoiles

Terre animée des foudres du tonnerre

Couverte de frissons de dunes

De forêts altières

Terre de boue d’alluvions de fossiles

Terre peuplée de bêtes

Couverte de ciel de nuages et de vent

Dans le clair obscur de l’univers

traces

les morts depuis longtemps murmurent à mes oreilles

et leurs chants rejoignent ceux des pas encore nés

leurs vagues successives laissent des traces ; dunes de sable fin écorces tailladées pierres polies par les vents

toutes ces paroles cosmiques font un tissu maillé

dont quelques signes se laissent apprivoiser

homme du tres lointain

homme de l’origine

au creux de mon être

dans le silence de l’aujourd’hui

je peux sentir ta pulsation

prends mes lèvres pour dire

mes mains pour ébaucher

l’oeuvre de l’origine qui traverse les siecles

a la rencontre de l’inconnu

dans une poussée plus forte

que bêtise et misere

 

dans le jeu sacré d’ombre et de lumière